La lumière et le fond décident, pas le téléphone. Les heures qui marchent chez vous, la photo d'échelle, le défaut assumé et la séance d'Inès.
Sailo team12 min de lecture
« Les bagues sont beaucoup plus jolies en vrai. »
Vous l'avez déjà écrit à quelqu'un en DM. C'est peut-être vrai, et c'est exactement le problème : personne n'achète le vrai. Les gens achètent la photo.
La réponse courte, avant tout le reste. Photographier ses produits au téléphone marche très bien, votre appareil n'est pas le problème. Ce qui manque, c'est la lumière et le fond. Et la photo qui déclenche une commande n'est presque jamais la plus jolie : c'est celle qui répond à une question que l'acheteur s'apprêtait à vous poser.
Inès vend des bijoux en argent faits main à Marseille. Ses bagues sont à 39 €. Elle photographie tout sur la table de sa cuisine, avec un téléphone qui a trois ans, et depuis qu'elle a arrêté d'allumer le plafonnier elle reçoit deux fois moins de messages qui commencent par « il fait quelle taille ? ».
Le capteur de votre téléphone est meilleur que ce dont vous avez besoin pour vendre une bague à 39 €. Ce qu'il gère mal, c'est le manque de lumière et le mélange de lumières. Deux problèmes qui se règlent avec une fenêtre et un interrupteur.
Posez le produit sur une table près d'une fenêtre. Placez-vous pour que la lumière arrive sur le côté du produit, pas dans votre dos. La lumière latérale creuse les reliefs, et le relief c'est ce que vous vendez : le martelage, la couture, le grain du cuir.
Et l'orientation de votre fenêtre change tout, ce que personne ne vous dit.
Plein nord. La lumière est douce, sans ombre dure, et elle ne bouge presque pas de la journée. C'est le meilleur cas pour la régularité : votre photo de janvier ressemblera à votre photo de mars. Le défaut, c'est la quantité. En décembre, dans un appartement plein nord à Lille, la fenêtre ne donne plus grand-chose en milieu d'après-midi, et vous montez l'exposition jusqu'à voir le grain.
Plein sud. Beaucoup de lumière, mais du soleil direct qui fabrique des ombres nettes et brûle les reflets sur le métal. Il faut la casser. Un voilage blanc tendu sur la vitre, un drap fin, une feuille de papier calque scotchée au carreau : n'importe quoi de blanc et de fin entre le soleil et l'objet.
Est ou ouest. Une bonne fenêtre pendant trois heures, inutilisable le reste du temps. Il faut savoir lesquelles.
La cuisine d'Inès est plein sud. En juillet à 16 h, le soleil tape sur la table et l'argent devient illisible : un point blanc au milieu de chaque bague, et rien autour. En décembre à 16 h, la même table est dans l'ombre et la lumière a viré à l'orange. Même heure, même table, deux problèmes opposés. Elle a fini par écrire ses créneaux sur un post-it collé au-dessus de l'évier, et depuis elle ne se pose plus la question.
L'ampoule de la cuisine envoie du jaune. Votre fenêtre envoie du bleu. Votre téléphone doit choisir une balance des blancs entre les deux, il choisit mal, et surtout il ne choisit pas pareil d'une photo à l'autre.
Le résultat : douze bagues taillées dans le même argent, douze teintes différentes sur la même page.
Éteignez le plafonnier. Même quand ça semble trop sombre, même en février à 15 h. Une photo un peu sombre se rattrape en trois secondes de retouche. Une photo à deux lumières ne se rattrape pas.
Si vous n'avez pas le choix et que vous devez shooter le soir, coupez la fenêtre aussi : rideaux fermés, une seule source. Une lumière moche vaut mieux que deux lumières correctes.
Un fond n'a pas besoin d'être beau. Il a besoin d'être le même.
Quarante produits sur la même feuille de papier blanc cassé donnent une page qui ressemble à une boutique. Quarante produits sur quarante surfaces différentes donnent une page qui ressemble à un débarras, même si chaque photo prise isolément est réussie.
Chez Inès, c'est une feuille A3 blanc cassé posée sur la table, remplacée quand elle est marquée, tenue par deux livres hors cadre parce qu'elle gondole. Ça coûte le prix d'une ramette. Ça tient une saison.
Ce qui ne marche pas, et ce n'est pas une question de goût : la nappe à motifs, le canapé, le plan de travail avec la bouilloire au fond, la main au vernis écaillé. L'œil part dessus au lieu d'aller sur le produit, et vous avez trois secondes.
Voilà le vrai basculement. Une photo de produit ne sert pas à impressionner, elle sert à supprimer une hésitation.
Une bague cadrée serrée sur fond blanc ne dit rien de sa taille. Un sac photographié seul non plus. Une bougie encore moins.
Chaque « il fait quelle taille ? » dans vos messages est une photo que vous n'avez pas prise.
Inès a deux solutions et elle utilise les deux. La bague au doigt, en gros plan, de profil. Et la bague posée à côté d'une pièce de 2 €, que tout le monde en France a en tête. Pour une bague, ce n'est même pas le diamètre qui inquiète, c'est la largeur de l'anneau et la hauteur de la pierre : une photo de profil sur le doigt répond aux deux d'un coup.
Le principe se transpose. Un sac à côté d'un ordinateur fermé. Une bougie à côté d'une tasse. Un vêtement porté par quelqu'un dont vous écrivez la stature et la taille sous la photo : « 1,68 m, taille 38 ».
Pour du fait main et pour de la seconde main, montrer le défaut est un geste de vente, pas un aveu.
En fait main : la soudure visible, la légère asymétrie, le martelage qui n'est pas régulier. Si vous ne la montrez pas, l'acheteuse la découvre en ouvrant le colis et se demande si elle s'est fait avoir. Si vous la montrez, elle l'appelle « fait main » et elle en parle à sa sœur.
En seconde main : la marque sur le cuir, le bouloche sous le bras, le talon usé. Photographiez de près, avec un doigt à côté pour l'échelle. Un litige commence presque toujours par une chose que l'acheteur n'avait pas vue.
Inès a une photo par bague où on voit la soudure. Elle la met en troisième position, jamais en première.
Un e-mail sur les prix, les photos, la livraison et le fait d'être payé. Sans pub et sans remplissage.
L'erreur qui coûte le plus de temps à celles et ceux qui commencent à photographier leurs produits au téléphone, c'est de le faire pièce par pièce, au fil des mises en ligne. Vous réinstallez le fond, vous recherchez la lumière, et surtout vos photos ne se ressemblent pas d'une pièce à l'autre.
Une séance, c'est l'inverse : une fois le fond posé et la lumière trouvée, vous ne bougez plus rien du tout. Vous changez le produit, pas le décor.
Une chose qu'Inès fait et qui a l'air idiote : avant chaque pièce, elle photographie un bout de papier avec le numéro de la référence écrit dessus. Sur douze pièces et soixante photos, c'est la seule chose qui l'empêche de se tromper au moment de créer les fiches. Elle l'a appris en mettant en ligne une bague à 39 € avec les photos d'une autre, déjà vendue. Deux fois.
Cinq prises. Pas huit.
| Étape | Temps chez Inès |
|---|---|
| Installer le fond et trouver la lumière | 10 minutes |
| 12 pièces à 5 prises, environ 2 min 30 par pièce | 30 minutes |
| Tri des 60 photos et retouche groupée | 25 minutes |
| Total | 1 h 05 pour douze fiches |
La première fois, elle avait mis quatre heures. Presque entièrement parce qu'elle retouchait chaque photo juste après l'avoir prise, au lieu de tout prendre puis de tout trier.
Ce qui aide, et qui prend trente secondes par photo : recadrer, redresser, monter un peu l'exposition, ajouter un léger contraste.
Ce qui vous ramène un colis : la saturation poussée, un filtre qui décale les couleurs, un fond blanchi jusqu'à ce que le contour de l'objet disparaisse. L'argent est le pire cas. Un demi-cran de température en trop et il vire au jaune ou au bleu. L'acheteuse reçoit une bague qui ne ressemble pas à son écran, et elle a raison de le dire.
La règle d'Inès tient en une ligne : le même réglage pour toutes les photos de la séance, jamais un réglage par photo.
Le test qui tranche : posez le téléphone à côté du produit et regardez les deux. Si vous hésitez, c'est bon. Si l'écran est plus joli que l'objet, vous avez triché, et le colis reviendra.
| Photo de feed | Photo de fiche | |
|---|---|---|
| Son travail | arrêter le pouce | supprimer une question |
| Cadrage | de l'air autour, du contexte, une main | serré, centré, un seul produit |
| Fond | ce que vous voulez | le même que les 40 autres |
| Elle a réussi si | on s'arrête | on ne vous écrit pas |
L'erreur la plus fréquente : prendre la belle photo d'ambiance, celle avec la main, le café et la lumière du matin, et la mettre en première position sur la fiche produit. Elle est jolie. Elle ne dit pas ce qu'on achète. Réduite à la taille d'une vignette dans une grille de quarante produits, on y voit un café.
Photo neutre en premier. L'ambiance en troisième, et dans le feed.
Quatre à six. En dessous de trois, on vous écrit pour poser les questions que vous n'avez pas anticipées. Au-dessus de huit, personne ne fait défiler jusqu'au bout. L'ordre pèse plus que le nombre : neutre, échelle, détail, situation, défaut s'il y en a un.
Faites le test de la vignette avant de publier. Réduisez la première photo à la taille d'un timbre sur votre écran. Si on ne reconnaît pas le produit à cette taille, changez-la, parce que c'est à cette taille que la plupart des gens la verront en premier. La même logique vaut pour la page entière, et elle est détaillée dans ce qu'il faut mettre dans le lien bio.
Une fois les photos faites, elles vont sur une fiche, la fiche porte un prix, le prix porte un bouton de commande. C'est tout l'intérêt d'un lien qui est la boutique au lieu de pointer vers elle.
La limite à connaître avant de vous lancer dans une grosse séance : la formule gratuite s'arrête à 10 produits et à 7 jours de statistiques. Si vous photographiez une collection de 40 pièces, vous n'en mettrez pas 40 en ligne, vous choisirez lesquelles. Et au moment de décider ce que vous refaites l'an prochain, vous n'aurez pas les chiffres de la saison passée sous les yeux : 30 jours en arrière, c'est 30 jours, pas six mois.
Sur douze bagues, ça ne se sent pas. Le jour où la collection d'automne compte 45 références et que vous voulez savoir laquelle a marché au marché de Noël, si.
Prenez un produit. Un seul. Posez-le près de la fenêtre, plafonnier éteint, sur une feuille blanche. Faites les cinq prises de la liste, et chronométrez.
Si ça vous prend six minutes, vous connaissez le coût de votre prochaine collection : le nombre de pièces multiplié par six minutes, plus une demi-heure de tri. Ce n'est plus un projet vague, c'est un créneau dans votre semaine.
Avant de refaire toutes vos photos, vérifiez quand même que vos prix tiennent debout, parce qu'une belle photo sur un prix trop bas ne fait qu'accélérer le problème : fixer ses prix en artisanat reprend le calcul poste par poste. Si le blocage n'est pas la photo mais le fait que personne ne commande, commencez plutôt par obtenir ses premières commandes. Et si vous n'avez encore aucune page où poser tout ça, l'ordre complet est dans vendre sur Instagram sans site.
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Sailo team
Un lien, toute votre boutique.
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Sailo lui met simplement une porte d'entrée — pour qu'on puisse parcourir, comparer et voir les prix avant de vous écrire.
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